Web 2.0, est-ce qu’il y a une limite à la participation des utilisateurs ?17 janvier 2008 - Eric

S’il y a une tendance très marquée en ce moment sur internet (et en dehors), c’est bien la montée de l’interactivité et du participatif pour les utilisateurs lambdas. On peut partager sa vie entière (photos, vidéos, pensées, émotion du moment avec le micro-blogging), on peut bientôt tout faire soi-même (se créer des t-shirts sur mesure, faire son site avec teepsy ;-) , monter un commerce en ligne, …), on peut participer à l’intelligence collective avec Wikipédia, les possibilités des internautes s’étendent tous les jours. Y a-t-il une limite à cette prise de pouvoir ? Et quelle est la frontière entre cette prise de pouvoir et une exploitation à peine déguisée de l’internaute ?

Parce que des fois, ça tourne mal :-) Voici quelques exemples de dérive des principes de l’UGC (User Generated Content), ou du Crowdsourcing (intelligence collective). Et pour ceux qui ont besoin d’un petit cours de rattrapage, on explique les principes du Web 2.0 ici.

  • L’exploitation des données fournies par les utilisateurs dans des services de cartographie, à des fins commerciales (analyse chez Faire joujou avec son GPS).
  • Le site Ladiesroom.fr qui fait face à une grève de ses contributrices après qu’elles aient découvert pour qui elles travaillaient gratuitement.
  • Les méthodes de Facebook, la Coop ou l’UEFA pour profiter de travailleurs volontaires bénévoles (j’en parle dans ma Pensine).

Alors, mauvais par nature le Web 2.0, parce qu’il exploite de manière éhontée de gentils utilisateurs qui ne seront jamais rémunérés pour leurs efforts ? Ou bon par principe, parce qu’il donne la parole à tous, qu’il décuple l’intelligence en la rendant collective, qu’il permet la rencontre des gens, l’ouverture des entreprises à leurs clients ?

Ce n’est jamais aussi simple, et c’est une question de sensibilité. Donc ça se discute, forcément. Est-ce qu’on peut dire qu’une limite éthique est franchie dès le moment où une entreprise fait du profit grâce aux contenus ou au travail fournis gracieusement par ses utilisateurs ? Wikipédia est devenu la référence du Crowdsourcing, sans but lucratif : bien ! Oui mais alors il faut remettre en cause TOUS les réseaux sociaux et les blogs qui incluent de la publicité, et qui profitent ainsi des revenus que génèrent leur trafic, sans rien partager avec leurs utilisateurs qui sont à l’origine de ce trafic.

Est-ce que la limite se place au moment où il y a une contrainte ou une pression faite sur l’utilisateur ? Aucun service web, aucun site, aucun réseau social ne force ses utilisateurs à participer. Jamais. Ou alors jamais ouvertement :-) La magie, c’est que ces utilisateurs fournissent ce contenu et ce travail avec beaucoup de motivation, volontairement, et avec l’impression de faire des choses pour eux-mêmes. Ce qui n’est pas complètement faux, en réalité. Sont-ils tous inconscients des profits qui sont faits sur leur dos ? Une partie, probablement. Et le jour où la majorité va en prendre conscience, on se met tous en grève ?

À la base du Web 2.0, il y avait une formidable montée de la citoyenneté. Chacun pouvait s’exprimer librement dans un blog, commenter, discuter, échanger dans une communauté, participer à des projets collectifs, … Est-ce que cet élan se fait rattraper par une logique plus commerciale ? Va-t-on en venir à payer tous les contributeurs, ou seulement les principaux, d’une communauté, d’un site, d’un réseau ?

Ou peut-être que l’on s’affole pour rien, et que tout va continuer à se développer dans ce sens, parce que chacun y trouve son compte… Et vous, vous avez l’impression d’être des vaches à lait en participant au Web 2.0 ?

Source photo : Flickr

  1. Bonjour,
    Je suis journaliste. Je prépare actuellement un article pour l’hebdomadaire La Vie sur les bénévoles d’Internet.
    Je souhaiterais entrer en contact avec vous pour avoir des renseignements (site internet de références, fonctionnant grâce aux utilisateurs genre wikipédia.
    L’article se veut surtout pratique.
    Merci d’avance

    Bernard Javet

  2. Bonjour, grande question qu’est le crowdsourcing. Je fais justement une thèse en sociologie sur la participation des internautes à ces modèles crowdsourcing. Et je me pose les mêmes questions. Mais je n’ai pas encore de réponse :-). Si vous avez d’autres exemples de site “crowdsourcing”, je suis preneur, ainsi que votre “avis/analyse” sur ce sujet. Merci

  3. Bonjour,
    Je suis le rédacteur du site “Faire joujou avec son GPS”. Je tiens à préciser un détail, que je juge crucial, et que vous avez un peu oublié dans votre article.

    Je m’inquiète plus sur la licence des données récoltées que de l’argent qui est fait avec. Prenez l’exemple d’OpenStreetMap ; les données peuvent êtres utilisées par tous, même pour en faire du profit (dernier en date : un guide touristique de Paris reprend des cartes d’OSM).
    Malheureusement, à l’heure actuelle, la majorité des entreprises de crowdsourcing s’approprient les données.

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